du Besset Lyon architectes

1.troyes

Prix de l’Equerre d’Argent 2002

Maître d’Ouvrage : Communauté d’agglomération Troyenne
Localisation : boulevard Gambetta
Travaux : juin 1999 - livraison juin 2002
Surface : 10 600 m² SHON
Montant des travaux HT : 11.81 M€


La bibliothèque de Troyes est située en retrait, derrière le parking d’un restaurant Mac Donald, au sein d’un environnement bâti qui n’est pas valorisant.

Telle que nous l’avons dessinée, la bibliothèque n’offre pas a proprement parlé de façades. Toute intention ou composition de façade renverrait à l’environnement bâti, créerait un vis-à-vis et entretiendrait la conversation avec les voisins.

Pas de façades donc, ni devant, ni sur les côtés, ni à l’arrière. Rien qui fasse autorité par le biais des limites. La géométrie du bâtiment reste incertaine et fuyante, d’autant que sont estompées les distinctions entre intérieur et extérieur, entre devant et derrière, entre matière et couleur, entre écrit et construit.

La bibliothèque tient plus du phénomène que de l’œuvre et elle gagne en ouverture, en générosité et en disponibilité.

La présence du bâtiment est constituée par la juxtaposition de très grands éléments disposés en bandes ou en nappes filantes. Ces éléments sont : le faux plafond en résille dorée, le faux plafond du rez-de-chaussée, la façade bleue, la salle ancienne, les magasins, l’escalier rose, le déambulatoire jaune, le texte, la mezzanine.

Pour l’observateur, de tels dispositifs ne s’appréhendent pas d’un seul point de vue. La déambulation est nécessaire, au cours de laquelle s’acquièrent les impressions d’accumulation et de profondeur qui servent de métaphore à la lecture.

Tous ces éléments échappent à l’échelle commune de l’architecture et la bibliothèque règle ainsi son rapport à la ville : elle est, par elle-même, un paysage urbain.

Ce qui est si grand risquant d’écraser, la matière des éléments se confond dans la couleur : transparente et colorée, elle devient lumière ; opaque mais saturée d’une couleur elle se transforme en simple valeur au sein d’un spectre plus large ; brillante et colorée, elle se diffuse.

Enfin, ce qui pèse néanmoins et reste de lieux communs architecturaux est pondéré par l’utilisation d’une phrase inscrite au rez-de-chaussée. C’est l’œuvre de Lawrence Weiner. Elle utilise tous les moyens précités - la taille, la profondeur, la couleur - et concurrence la première des prérogatives du bâtiment (sa taille) sans abuser de son propre avantage (le sens) : la phrase est à la fois énigmatique et pertinente. Elle est un contrepoint à l’architecture de la bibliothèque et une confirmation de son ambition culturelle : Le sens de l’œuvre se réfère au rapport entre l’écrit et les choses.

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